LES CONFLITS D’INTERETS

Le conflit d’intérêt est défini comme tel : « c’est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme de nature à influencer, ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions ».

« LES MEDICAMENTEURS »

Stéphane Horel, journaliste indépendante, a enquêté pendant deux ans sur les liens unissant l’industrie pharmaceutique et l’ensemble du système de santé français. « Les médicamenteurs » est un documentaire de 2010 qui illustre parfaitement les raisons de notre mécontentement.

LES MINISTRES DE LA SANTE

Le cas emblématique le plus récent :
Nora Berra :
Secrétaire d’Etat auprès du Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, chargé de la Santé du 15 nov. 2010 au 16 mai 2012 auprès de Xavier Bertrand.
Elle a travaillé dix ans pour les firmes pharmaceutiques (de 1999 à 2009). Nora Berra a travaillé dans trois laboratoires pharmaceutiques, pour lesquels elle pilotait des projets internationaux (1999 à 2001 pour Boehringer Ingelheim, 2001 à 2006 pour Bristol-Myers Squibb et 2006 à 2009 pour Sanofi Pasteur). Ce passif ajouté à ses propos sur le scandale du Médiator qui soutenaient le groupe Servier, ont amené Gérard Bapt (Haute-Garonne), alors rapporteur spécial de la Mission Santé pour la Commission des Finances, à demander sa démission. On sait par Act-Up qu’elle a obtenu ce secrétariat d’Etat à la Santé moins d’un an après avoir quitté l’industrie pharmaceutique.

Les Ministres depuis les années 80 et leurs liens avec la sphère des labos pharma :

Claude EVIN :
Ancien député et Ministre de la Santé, actuel Directeur de l’ARS IdF, est administrateur de la fondation GSK, sa campagne électorale de 1993 aurait été financée par les labo P. Fabre. Jérôme Cahuzac fut dans son cabinet comme conseiller aux affaires pharma. Tous deux ont des liens étroits avec labos (via Cahuzac Conseil), notamment dans le sud-ouest.

Edmond Hervé :

Ministre de mars 83 à Mars 86, il fut condamné dans l’affaire du sang contaminé mais dispensé de peine.

Henri NALLET :

Ancien Ministre de l’Agriculture en 1985 et 88/90 et ensuite Ministre Justice entre 1990 et 92 puis expert et consultant à la BERD, devient lobbyste Servier de juin 97 à décembre 2008 successivement comme Directeur chargé du dvlpt international, DG aux Affaires extérieures et Communication, Directeur aux Affaires européennes et Conseiller du Président Servier. Il est témoin assisté dans l’affaire du Médiator. Il est membre du groupe Bilderberg.
Ces relations permettent de comprendre pourquoi un produit est mieux remboursé qu’un autre, par ex le veinotonique Rhéoflux était sorti beaucoup plus cher que son sosie Veinamitol car fabriqué à Nevers ville de Pierre Bérégovoy qui était maire . Idem pour le Maxepa ou Permixon de Pierre Fabre. Idem pour les produits Servier avec notamment l’antihypertenseur Coversyl et tous les autres qui échappaient aux génériques par changement du dosage.
Soutien de Yves Bur, Président du groupe médoc à l’Assemblée Nationale, capable de coller le logo du labo de sa circonscription sur le front de tous ses collègues de l’AN

Michèle Barzach :
Ministre de la Santé de 1986 à 1988.
Actuellement à l’OMS, fait du conseil international en stratégie de santé (MB Santé International) auprès des Industries de santé, gouvernements, OMS et banque mondiale. Présidente de la Fondation GSK. GSK ayant corrompu le Ministre Santé italien de Lorenzo (600 millions Lires) pour sortir Loi 165 de 1991 d’obligation vaccinale hépatite B (vaccin Engerix). Condamné ainsi que Poggiolini, DG Aff pharma, des membres du CIP (équivallent du CEPS), d’autres labos tels Pfizer….
Elle co-anime les rencontres de Lourmarin contre rémunération et a fondé à 2001 la société CI 3S, une start-up ayant fait faillite après avoir engloutit tout son chiffre d’affaire en rémunération. Michèle Barzach perçoit entre 2000 et 2001 245 000 euros de rémunération et 88 000 euros de conventions non autorisées.

Bernard Kouchner :
Ministre de la Santé entre 92 et 93 puis de 2001 à 2002, il est Conseiller chez Pfizer. Il est également un très cher conseiller à la Santé du Gabon et du Congo après avoir fondé BK consultants et No borders consulting.

Philippe Douste-Blazy :
Ministre de la Santé entre 1993 et 95 et entre 2004 et 2005, il nourrit des liens étroits avec les labos du sud-ouest (P. Fabre, BMS).
Des suspicions existent sur le financement de sa campagne législative de 93 par Pierre Fabre.
L’ancien ministre a également des liens d’amitié avec Servier qu’il remercie dans une lettre révélée par le Canard pour le financement de douteux évènements médico-politiques en 92 et 93 et qui a recruté son épouse en 2001.
Comme Ministre de la Santé en 93 il entretient des liens étroits avec le pdt de SKB (ancêtre de GSK), principal fabricant du vaccin anti-hépatite B dont il lance la campagne de vaccination.

Elisabeth Hubert :
Ministre de la Santé éphémère entre mai 1995 et novembre 95, elle a a été ensuite DG des laboratoires Fournier de 1997 à 2004 puis gérante chez Alliagis depuis 2006. Elle fut également Administratrice du SNIP (ancêtre du LEEM) en 1999 et est administratrice de LFB et TC Land. Elle est aussi membre du haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie en 2006 et présidente depuis 2006 de la Fédération  nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (FNEHAD).

Roselyne Bachelot-Narquin :
Ministre de la Santé de mai 2007 à novembre 2010. Instigatrice principale des 95 millions de doses de vaccins H1N1 en 2009/10. Représentante chez ICI Pharma de 1969 à 76. S’occupe des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 89. Obtient son diplôme de pharmacienne en 1988.

Michel BARNIER :
Ancien Ministre des Affaires Etrangères et de l’Agriculture, actuel Commissaire Européen au Marché Intérieur, a été Vice-Président de BioMérieux Alliance 2006/2007.

Jacques GODFRAIN :
Ancien Ministre de la Coopération 95/97 siège à la Fondation P. Fabre.

Claudie HAIGNERE :
Ministre de la Recherche et des Affaires Européenne 2002/2005 est administratrice chez Sanofi.

Les parlementaires « gratifiés »

Les parlementaires du Club Hippocrate, financé par GSK, Générale de Santé et Malakoff Mederic dont le patron est le frère de N. Sarkozy.

Jusqu’en 2010 (Aff. Médiator), Jacques Servier recevait tous les 2 mois dans son hôtel particulier de Neuilly tout le gratin de la politique de santé: un habitué, Michel HANNOUN, ancien député, responsable des études chez Servier, est Président des Cadres de l’Industrie Pharmaceutique (qui se réunissent périodiquement), membre du Conseil de surveillance de l’APHP, en charge en 2012 du programme UMP pour la Santé.

La propriété du CARLA à Castres, où passe tout le gratin politique depuis des lustres, appartenant à P. Fabre, qui reçoit chaque jour des autocars remplis de médecins prescripteurs.

LES HAUTS FONCTIONNAIRES

C’est toujours le même schéma. Une dizaine d’années passées dans les cabinets ministériels avant d’aller dans les labos. Il va de soi que tout ce beau monde est repéré à l’avance par l’industrie pharmaceutique.

Au service Communication chez P. Fabre, on retrouve:
– Anne Marie Serre, ex-Dir Cab de Bruno Durieux, actuel Pt Com. comptes Santé.
– Olivier Lamarque: ex du cabinet – Douste-Blazy,
-Chantal Cranjac: ex-cab de Hervé Gaymard.

Jacques de Tournemire (Médiator) :
Conseiller au Cabinet Mattei puis à Matignon au Cabinet Villepin. Ensuite Directeur des  Opérations de lobby pour Pfizer à Bruxelles, puis Vice Président Pfizer France avant de devenir consultant pour les grandes firmes pharmaceutiques. A noter que

Louis Charles Viossat :
Dir Cab de Mattei venait de chez Eli Lilly et après est reparti chez Abbott comme Dr Aff gouvernementales.

Michael Danon :
Ministère du Travail puis Dr ARH puis Secrétaire Gal ANAES. Est ensuite entré chez LILLY pour s’occuper des prix avec le CEPS (2002/2006), puis de l’oncologie et cardiologie à l’hôpital (2006/2007), puis DG hôpital et relation ARS avant de rentrer comme DG P. Fabre aux Aff Publiques, juridiques, éco, secrétariat général et réglementation.

Christian LAJOUX :
récent retraité mais toujours en activité sous-marine (ancien Pt Sanofi France, Pt du LEEM, Pt de la FEFIS, administrateur à l’AFSSAPS -devenue ANSM, et aussi de l’INSERM, membre du Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, bien sûr tout cela en même temps).

L’industrie pharmaceutique a l’habitude de recruter les interlocuteurs qu’elle côtoie dans les agences sanitaires.
Ex. du directeur de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) ayant quitté son poste pour la direction du syndicat des entreprises du médicament (LEEM) ; idem pour Philippe Lamoureux nouveau directeur général du LEEM après avoir été secrétaire général de l’Agence du Médicament au Ministère de la Santé.
Autre ex à l’envers : la directrice de l’Institut de veille sanitaire (INVS) travaillait auparavant dans l’industrie pharma tandis que l’un des conseillers scientifique de l’AFSSAPS a été le représentant du Syndicat national de l’industrie pharma dans l’ensemble des commissions du médicament.

Les conflits d’intérêts touchent aussi l’EMA (agence euro du médoc) : au terme de son mandat fin 2010 de directeur exécutif de l’EMA M. Thomas Lönngren a été autorisé à exercer des activités de conseil auprès de 5 entreprises privées et notamment sur les questions du développement de nouveaux médicaments et les délais de mise sur le marché.

Les associations « sous influence »

Les liens avec l’industrie pharmaceutique touchent aussi les associations à l’instar de la Société française de cardiologie financée par Sanofi-Aventis ou Drug information Association (DIA) qui a été grassement financé par les labos.
Ces associations se retrouvent aux côtés d’experts et d’industriels lors de rdv où le somptuaire rivalise avec un cadre exceptionnel aux Ateliers de Giens et à l’Université de Lourmarin.
De même, les sociétés savantes sont financées par l’industrie pharma.

Ces liens et cette absence d’indépendance de l’expertise affecte la crédibilité de l’expertise sanitaire et contribue à nourrir des doutes quant à sa perméabilité à l’influence exercée par les labos pharma.